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L'ART DOMINICAINE |
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Fernando Ureña Rib
RACONTES

Orgánica. Peinture a l´huile de Fernando Ureña Rib.1996
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FLORA
Demain sera le plus beau jour de ma vie. Je vais
épouser Flora! Je pourrai enfin aimer ce corps d'athlète de
cirque que j'ai admiré tant de fois, fasciné depuis
l'adolescence. Mon cœur ne ressentira plus désormais cette
horrible sensation de plaisir et de crainte que prouvais en
la voyant s’élancer dans le vide, depuis le haut trapèze. Je
ne ressentirai alors plus de colère face à ses aventures
avec Ramon qui l’a rattrapée toute souriante lorsqu’ils sont
tombés entrelacés dans le filet.
Il est vrai que Flora n’est pas aussi jolie qu’avant. Ses
mains sont
calleuses et ses bras flasques. Mais elle ne vit plus cette
vie trépidante et dépravée avec les clowns, nains et
contorsionnistes. Quand Ramon est mort (j’ai moi-même
desserré les extrémités des cordes qui le retenaient) Flora
est tombée dans une dépression si profonde qu’aucun nain,
singe ou clown n’était capable de la faire rire.
J'ai toujours été à ses côtés. Je dois le dire. Bien que ce
n'était pas mon devoir.
J’étais chargé de nettoyer sous les animaux. Je faisais de
longues et exténuantes allées et venues dans des villages
isolés de Minas Gerais et dans les villes près de Paraná où
l’on pouvait percevoir toute l'immensité du Brésil. Je me
levais à l'aube pour nettoyer les déchets des éléphants et
des tigres du Bengale, pour donner à manger aux tigres
affamés, aux singes, aux perroquets et aux faucons. Bien sûr,
personne ne me prêtait attention, et encore moins Flora, une
femme dans toute sa splendeur, désirée par tous. Ah ... Elle
était née pour se donner en spectacle. Elle savait chanter,
jongler et, contrairement à moi, n’avait jamais peur.
Et c’est cette peur qui m’a poussée à allé voir un jour
Madame Alphonsine, magicienne, jongleuse et experte en
voyance qui travaillait dans l’une des petites baraques
placées à l'entrée de la grande tente. Elle prit mes mains
dans un lourd silence, leva les yeux, me regarda fixement et
dit avec force: «Tu dois abattre le mur qui freine ton
bonheur." Elle prit mon argent et ne dit plus un mot. (Mais)
j'avais compris. Ramon devait , être éliminé, détruit. Il
était la cause de ma souffrance.
Il ne me restait plus qu’à desserrer les nœuds du filet et
attendre que Ramon s’effondre après un de ces sauts
arrogants depuis le haut trapèze. J'ai profité d’un/du jour
où Ramon et Flora se disputaient à cause d’une
contorsionniste arrivée récemment pour faire en sorte que la
chute s’apparente à un accident ou un suicide.
C'était la dernière représentation et quelques minutes avant
la tombée du rideau
les tambours retentirent et l’animateur, après un silence
glacial, souffla un grand cri d’impatience au public. Ramon
lui-même lui avait demandé d'annoncer quelque chose de
nouveau, jamais vu Il annonça alors d’une voix grave,
inhabituellement solennelle, accentuant les syllabes plus
qu’à l’accoutumée : «Mesdames et Messieurs, écoutez
attentivement et (respecter le silence) Vous allez
maintenant pouvoir admirer le saut mortel de Ramon Urrutia,
après un impressionant triple saut ." Comme cela se passe
souvent dans ces lieux reculés,
personne ne vint réclamer le corps de Ramon, j'ai dû moi-même
le dépecer et assouvir
l’appétit vorace des tigres. Mais demain sera le plus beau
jour de ma vie. Je me suis débarrassé de ma peur et je me
marierai avec
Flora!
FERNANDO UREÑA RIB
Traduction Delphine Bedel
LE SOUFFLE SUSPENDU
DANIELLE DEGARIE
La
courbe, le lustre, la transparence du verre, la
patine, qui donnent l'envie de toucher, de
pénétrer, de caresser... Pourquoi? Et à quoi ce
mélange d'impression, de découverte et de
recherche peut-il servir?
J'ai
été profondément troublée par les images en
mouvement incessant de l'univers de Fernando
Ureña Rib. Sculpture perpétuelle de l'espace,
espace ouvert, déplié, contourné, projeté. Un
monde de formes douces, vernies, finies, infinies,
ouvertes sur de multiples dimensions, toutes
axées sur le toucher.
Le
grain d'une peau, d'une toile, d'une sculpture,
chez l'artiste dominicain, c'est du pareil au
même. Toujours subsiste l'impérieuse tentation
de déplacer sa main sur une courbe, de suivre la
ligne. Quel était donc cet arrière-goût, ou
plutôt, cet avant-goût de rêve, qu’il m'a
laissé?
Le
désir, sans cesse renouvelé, d'avoir pu aller
soi-même jusqu'au bout de l'aventure.
Qu'il
s'agisse de formes organiques, dont on se demande
si elles sont fleurs, coquillages, fruits de mer ou femmes, ou de figures plus représentatives,
comme ce couple enlacé a dos de cheval, toujours,
les bleus, les ocres et les oranges concourent á
créer un moment magique, où le temps est
suspendu.
Un
souffle de vie et d'intériorité vous surprend,
vous force à faire un arrêt au milieu de ce
monde, toujours si fluide, coulant, libre
d'entraves ou de contraintes, hors des limites,
des cadres rigides, des idées fixes..
Curieux,
sensible, émotif, gourmand, riche d'intensité,
de persévérance, de conviction et de volonté,
voilà qui décrit, un peu, le peintre que j'ai
rencontré.
DANIELLE
DEGARIE
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FERNANDO URENA RIB
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Revisado:
May 13, 2010
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