La Caraïbe n'a plus à démontrer
qu'elle est une des régions les plus dynamiques du globe sur
le plan de la culture. Eu égard à la spécificité du contexte
historique et à la jeunesse de ces petits pays, presque tous
sous tutelle économique et politique, on ne peut que
s'incliner devant la qualité de certaines de leurs
productions.
Elles sont remarquables clans des domaines aussi variés que
la musique, la danse, le théâtre ou la littérature. Les arts
plastiques n'étant pas en reste, bien que leur poussée soit
relativement plus récente. Le défi à relever peut aussi se
mesurer en termes de temps, car íl faut bien faire le constat
que ces territoires neufs doivent soutenir la comparaison avec
des nations qui ont des millénaires d'histoire et de
traditions culturelles.
Cette comparaison induit trop souvent un sentiment de "retard
" qu'il convient de relativiser quand on tient compte du fait
qu'il y a encore cent cinquante ans, l'esclavage sévissait
sons ces latitudes et que toute pratique artistique était
prohibée. De fait, les populations serviles venues d'Afrique,
étaient des peuples de sculpteurs pratiquant un art
essentiellement votif dédié aux ancêtres et aux divinités
tutélaires. (Tout récemment, leurs chef d'oeuvres ont fait une
entrée retentissante au musée du Louvre.)
Dans un tel contexte, les oeuvres jugées démoniaques au nom
du monothéisme catholique occidental, furent donc victimes du
dénigrement et d'un puissant interdit qui pesa durant des
siècles. Après l'abolition de l'esclavage, les artistes
caribéens de l'ère moderne durent violer cet interdit jamais
levé et profondément inscrit dans la mémoire collective.
Les traditions artistiques tribales rompues, il fallut
inventer d'autres modes de représentation du monde qui ne
soient pas que de simples copies des productions de l'occident
colonisateur. En quête d'authenticité, de nombreux artistes
ont longtemps cherché a enraciner leurs productions Dans le
souvenir dune Afrique mythique, idéalisée, mais confusément
présente.
Peut-être était-ce le temps dune identité mal assumée où il
semblait nécessaire de célébrer et de rendre visible la nature
d'origines ethniques et culturelles trop longtemps bafouées.
Aujourd'hui, bien que les contentieux avec l'histoire ne
soient pas tous réglés, les jeunes artistes se sentent plus
libres de puiser dans une diversité de fonds, ayant pris
conscience que la Caraïbe s'est constituée à la croisée de
toutes les cultures du monde. Toute la diversité du monde
fondue en un creuset.
C'est bien là que réside, me semble-t-il, la nature de
l'art qui émerge peu à peu en Guadeloupe avec une nouvelle
génération de créateurs. Après une phase d'emprunts en fin de
compte exogènes et centrés sur les arts de l'époque
précolombienne, le temps semble venu d'une prise de conscience
de la richesse potentielle d'un vernaculaire rhizomique.
I1 reste que ces artistes doivent exister dans un terrain
difficile situé à la périphérie des grands centres occidentaux
de création et de circulation d'oeuvres, en l'absence de tout
marché structuré, sans public initié aux arcanes de l'art
contemporain et sans lieux de monstration spécialisés.
L'espace de l'art qui se dessine en Guadeloupe, et qui peut se
voir comme un des espaces de créolisation, reste ainsi un
espace à conquérir.
On comprend donc l'opportunité d'échanges comme celui
auquel participe la délégation de quatre artistes de la
Guadeloupe à l'île d'Hispaniola. ART DE GUADELOUPE - Espaces
Créoles -
Jocelyn Valton, Critique d'art
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